http://www.gorilla.fr/news.htm
JANVIER 2013 : LES GORILLES DU KIVU PARMI LES 25 PRIMATES LES PLUS MENACÉS AU MONDE !
Les gorilles de plaine orientaux, proches cousins des gorilles de montagne, vivant dans l’est de la République démocratique du Congo, viennent d’être inscrits par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) sur la liste des 25 primates les plus menacés au monde.* Evalués à 17.000 en 1995, ils seraient aujourd’hui à peine 4.000, d’après le chiffre généralement avancé, mais impossible à vérifier en raison de l’insécurité qui règne toujours dans le Kivu
congolais. L’UICN parle prudemment de 2.000 à et 10.000 individus.
Qu’est-ce qui s’est passé ? Au milieu des années 1990, des centaines de milliers de réfugiés rwandais fuyant le génocide, avec à leurs trousses des milices rebelles poursuivies par les forces armées gouvernementales, ont franchi la frontière congolaise et se sont dirigés surtout vers le Parc national du Kahuzi-Biega (PNKB), terre de l’écrasante majorité des gorilles de cette sous-espèce. Et comme si un malheur ne suffisait pas, les réfugiés et leurs persécuteurs y ont été rejoints par des milliers de chercheur de coltan (minerai devenu incontournable, au moment même de ce terrible drame humain, pour l’industrie électronique, notamment pour les fabricants de téléphones mobiles). | Le gorille de plaine oriental, appelé aussi gorille de Grauer (à gauche), se distingue du gorille de montagne (à droite) notamment par un nez étroit. |
Résultat :
Déboisement intensif et braconnage sans précédent, dont les gorilles et les éléphants sont devenus la cible principale. Les gorilles auraient perdu au moins la moitié de leurs effectifs entre 1996 et 1999. Lorsque les gardes du Parc ont pu retourner dans les zones sécurisées, ils n’ont retrouvé aucun des mâles à dos argenté qui avaient dirigé les groupes accoutumés aux visites de touristes. En plein d’endroit gisaient des ossements de gorille éparpillés, des amas d’os brûlés. Des braconniers en possession de quartiers de viande, de peaux et de crânes de gorille ont été arrêtés. Des villageois ont vu des hommes transportant des cadavres entiers de gorille.
Heureusement, il restait toujours des gorilles survivants, qui se sont retirés vers les zones éloignées, où ils n’étaient plus poursuivis. Dans le secteur d’altitude du Parc, dont la situation est la mieux connue, il restait 130 gorilles, contre quelque 250 auparavant. Même si la paix n’est toujours pas revenue dans la région, l’écotourisme a pu reprendre dans ce secteur,
des naissances y ont été observées et deux nouveaux groupes de gorilles repérés ces derniers temps. Mais c’est l’immense secteur de plaine, le plus touché par les occupations humaines et échappant à tout contrôle, qui suscite toujours de vives inquiétudes. Le conservateur du PNKB, Radar Nishuli a estimé à sept cents les derniers gorilles dans l’ensemble du Parc. Alors que l’opinion internationale s’est fortement préoccupée - à juste
titre - du sort des gorilles des volcans Virunga, des milliers de gorilles sont donc morts sous les balles de braconniers à quelques centaines de kilomètres de là, dans une indifférence quasi totale du monde extérieur. Avec près de 900 individus recensés, les gorilles de montagne sont aujourd’hui trois fois et demi plus nombreux qu’à l’époque de Dian Fossey. Les gorilles du Kivu, eux, ont vu pendant ce temps leurs effectifs diminuer peut-être autant de fois. Ils ont le triste privilège de remplacer, dans la mise à jour du document de l’UICN, les gorilles de Cross River : leur avenir semble encore plus compromis que celui de la minuscule population des quelque 250 anthropoïdes des forêtsfrontalières entre le Nigeria et le Cameroun.
Rappel : L’espèce gorille oriental (Gorilla beringei) est divisée en deux sous-espèces : gorille de montagne (Gorilla beringei beringei) et gorille de plaine oriental (Gorilla beringei graueri). Ces derniers gorilles étaient initialement considérés comme des gorilles de montagne vivant en dehors des Virunga, dans les montagnes et surtout les plaines du Kivu.
* Russell A.
Mittermeier, Christoph Schwitzer, Anthony B. Rylands, Lucy A. Taylor,
Federica Chiozza, Elizabeth A. Williamson and Janette Wallis (eds.).
2012. Primates in Peril: The World’s 25 Most Endangered Primates
2012–2014. IUCN/SSC Primate Specialist Group (PSG), International
Primatological Society (IPS), Conservation International (CI), and
Bristol Conservation and Science Foundation, Bristol, UK.
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